Nicolas Lejeune (1750-1804), attribué à
Portrait du peintre et miniaturiste Jean-Baptiste Jacques Augustin (1759-1832)

Nicolas Le Jeune (1750-1804) (Attribué à)
Portrait du peintre Jean-Baptiste Jacques Augustin (1759-1832)
Huile sur panneau vers 1795 : 32,5 x 25,8 cm
Exposition : très probablement Salon de 1796 n°281[1]
Cadre a palmettes en bois doré : 44,5 x 38,5 cm
Ca tableau constitue une redécouverte du portrait d’Augustin, peint par Nicolas Le Jeune, mentionné par Bernd Pape dans la monographie qu’il consacre à ce prodige du portrait en miniature (voir note 1), et qui était jusqu’à présent non localisé.
L’iconographie de Jean-Baptiste Jacques Augustin est abondante. Il a réalisé au cours de sa carrière de nombreux autoportraits et a également posé pour plusieurs artistes dans les dernières années du XVIIIe siècle. Son ami Henri-J. François réalise ainsi son portrait[2] en 1791, qu’il expose au Salon de la même année[3]. Au Salon de 1796, le peintre Nicolas Le Jeune, expose le présent portrait de son ami Augustin, et au Salon de 1798 le peintre Louis Léopold Boilly représente Augustin à l’arrière-plan de Réunion d’artistes dans l’atelier d’Isabey [4].
Notre tableau figure l’artiste à mis corps, assis dans un fauteuil, dessinant à la craie blanche sur une feuille de papier bleu, un carton dessins posé sur ses genoux. Comme dans la miniature qu’il expose à ce même Salon de 1796[5], Augustin est représenté en peintre, non en miniaturiste, fonction dépréciée par l’Institut qui, en 1795, refuse aux miniaturistes l’entrée à l’Académie des Beaux-Arts. Blessé par ce camouflet, Augustin consacrera toute sa carrière à élever la miniature au rang de la peinture à l’huile, qu’il maitrise parfaitement, se présentant comme un peintre à part entière. A ce titre, l’autoportrait exposé en 1796 suscita l’enthousiasme général[6].
Comme dans cet autoportrait de 1795, il est ici vêtu d’un élégant habit de couleur chamois recouvert d’un manteau bleu. Augustin semble avoir particulièrement apprécié ce manteau bleu, que Bernd Pape interprète comme une possible référence à un petit groupe d’artistes proche de David, les primitifs ou Barbus, actifs autour de 1790-1795 et menés par Maurice Quai. Celui-ci enjoignait ses disciples à régénérer leur art aux sources de l’art grec archaïque (antérieur à Phidias) et leurs recommandait de se vêtir à l’antique d’un ample manteau bleu : « j’ai résolu de quitter ces vêtements mesquins que je porte ainsi que tous les hommes de notre siècle […] j’ai laissé croître mes cheveux et ma barbe ; l’on achève en ce moment une vaste tunique blanche que je porterai sous un ample manteau bleu, et je ne chausserai plus mes pieds que de cothurnes.[7] ».
S’il porte bien les cheveux longs, coiffés en oreilles de chien de part et d’autre du visage, Augustin ne semble pas avoir totalement suivi les excès vestimentaires de Maurice Quai. Il est vêtu suivant la mode des années révolutionnaires, reconnaissable notamment au gilet en soie rayée et au foulard à liserés colorés qui remplace la cravate en dentelle blanche d’Ancien Régime ; deux accessoires du costume visibles dans plusieurs des portraits qu’il peint dans les années 1795-1797[8].
L’arrière-plan presque uni du tableau, laisse apparaitre, dans un camaïeu de gris, un pilastre cannelé ornant le mur du fond, ainsi qu’un drapé vert qui ferme la composition sur la gauche. Le mouchoir blanc à liserés rouges, posé sur l’accotoir du fauteuil, fait écho à celui noué autour du cou de l’artiste. La lumière, oblique et latérale, venant de la gauche, éclaire les carnations du visage et des mains dans un effet de clair-obscur, faisant ressortir les reflets de la soie du gilet et de la laque du fauteuil, tout en laissant partiellement dans l’ombre le visage, tourné de trois quarts vers le sujet qu’il est en train de dessiner.
Nicolas Le Jeune (1750-1804)
Peu de détails biographiques nous sont parvenus sur Nicolas Le Jeune. Il fut élève de l’Académie Royale, puis dans l’atelier de Louis Jean François Lagrenée à Paris. Il séjourne à Rome au début des années 1770, comme en témoignent ses nombreuses eaux fortes datée de Rome en 1771 et le second prix qu’il obtient la même année au concorso Clementino de l’Academia di Santa Luca de Rome, pour son dessin Le festin d’Absalom[9], dont une version figure aujourd’hui dans la collection Horvitz[10]. Dans les années 1790 il devient membre de l’académie de Berlin et peintre du roi de Prusse et participe à son premier Salon à Paris en 1793 avec le titre de peintre de l’académie de Berlin. Probablement à t’il vécut et travaillé en Prusse au tournant des années 1780-1790. Il participe aux Salons jusqu’en 1804, exposant dessins à sujet d’Histoire, paysages et portraits peints. Pendant la période révolutionnaire il dessine beaucoup pour le graveur François Anne David, élève de Lebas, qui rapporte par la gravure les évènements du début de la Révolution, concernant les États Généraux et la monarchie constitutionnelle, dont le serment de Louis XVI à l’Assemblée nationales le 4 juin 1790, qui figurait dans la vente de dessins de la collection Léon Roux les 20-22 avril 1903.
Nicolas Le Jeune semble avoir été un ami proche d’Augustin. Bernd Pape précise qu’il fut l’auteur du plafond peint du cabinet d’Augustin, à son domicile du 25 rue Croix des Petits Champs, dont une représentation à l’aquarelle vers 1820 est conservée dans les collections du musée de l’Horlogerie de Genève[11].
Jean-Baptiste Jacques Augustin (1759-1832)
Jean-Baptiste Jacques Augustin compte parmi les plus accomplis des peintres miniaturistes français de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Né à Saint-Dié, il reçut vraisemblablement une première formation en Lorraine — traditionnellement attribuée à Jean-Baptiste Claudot à Nancy — avant un passage à Dijon ; il se présentera toutefois lui-même comme largement autodidacte.
Installé à Paris en 1781, à l’âge de vingt-deux ans, il s’intègre rapidement au milieu des peintres en miniature, probablement par l’intermédiaire du Lorrain Guibal, et travaille dans l’orbite de Gatien Philipon. Il expose pour la première fois au Salon en 1791, à un moment où le statut de la miniature demeure encore incertain au sein des hiérarchies académiques.
Sa carrière connaît un essor décisif sous le Directoire. Dès le milieu des années 1790, il atteint une pleine maîtrise technique, se distinguant par la précision de son dessin, la subtilité du modelé des carnations et un contrôle particulièrement raffiné des effets de lumière à petite échelle. L’autoportrait présenté au Salon de 1796 constitue à cet égard un jalon majeur, affirmant à la fois son ambition artistique et sa volonté d’être reconnu au-delà du seul champ de la miniature.
Aux côtés de contemporains tels que Jean-Baptiste Isabey et Jean-Baptiste Guérin, il contribue à rehausser le statut du portrait en miniature, en le rapprochant, tant dans ses ambitions esthétiques que dans sa fonction sociale, de la peinture de grand format. Sa clientèle s’élargit rapidement sous le Consulat et l’Empire, et il devient l’un des portraitistes les plus recherchés de son temps.
Nommé peintre officiel de la cour sous l’Empire, Augustin conserve sa position sous la Restauration des Bourbons, étant fait peintre ordinaire du roi en 1814. Sa carrière traverse ainsi sans rupture les changements de régime, témoignant à la fois de sa capacité d’adaptation et de la constance de la demande pour son œuvre.
Son œuvre, caractérisée par une grande finesse d’exécution, une clarté de conception et un haut degré de finition, constitue l’un des points d’aboutissement de la miniature française avant son déclin progressif face aux nouveaux procédés de reproduction au XIXe siècle.
Notes
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[1] Bernd Pape, Jean-Baptiste Jacques Augustin 1759-1832, Scripta Edizioni, 2015, page 33
[2] Musée Antoine-Lecuyer, Saint Quentin
[3] Bernd Pape, p. 33 et catalogue du Salon de 1791 n°723
[4] Musée du Louvre, Paris
[5] Autoportrait vers 1795, Salon de 1796, n°7, localisation actuelle inconnue. Une copie d’élève est conservée au musée Pierre-Noël de Saint-Dié-des-Vosges. Aquarelle et gouache sur ivoire et papier, 24,1 x 13 cm.
[6] Bernd Pape, p. 96 et notes 346 et 347
[7] Etienne Jean Delécluze, Louis David, son école et son temps. Souvenirs, Parsi, Didier, Libraire Éditeur, 1855, p.90
[8] Bernd Pape, planches 42, 53, 64 et cat. 307 et 311
[9] Academia nazionale di Santa Luca, Roma
[10] Cat. galerie Aaron, Paris-Londres-New-York 1992 et cat. exp. Mastery & Elegance. Two centuries of French drawings from the collection of Jeffrey E. Horvitz, Cambridge (Mass.), Fogg Art Museum et autres lieux, 1998-2000, n°95
[11] MAH Musée d'art et d'histoire, Ville de Genève, numéro d'inventaire AD 0840
Nicolas Le Jeune (1750-1804) (Attributed to)
Portrait of the painter Jean-Baptiste Jacques Augustin (1759-1832)
Oil on panel by 1795 : 32,5 x 25,8 cm (12,8 x 10,1 in.)
Exhibited: in all likelihood the Salon of 1796, no. 281[1]
Giltwood frame with palmette decoration: 44,5 x 38,5 cm (17,5 x 15,2 in.)
The present painting constitutes the rediscovery of a portrait of Augustin executed by Nicolas Le Jeune, recorded by Bernd Pape in his monograph devoted to this prodigy of miniature portraiture (see note 1), and hitherto considered untraced.
The iconography of Jean-Baptiste Jacques Augustin is particularly rich. Throughout his career, he produced numerous self-portraits and, in the closing years of the eighteenth century, sat for several artists. His friend Henri-J. François portrayed him in 1791[2], exhibiting the work at the Salon of that year[3]. At the Salon of 1796, Nicolas Le Jeune presented the present portrait of his friend Augustin, while, in 1798, Louis Léopold Boilly included him in the background of his Réunion d’artistes dans l’atelier d’Isabey[4].
Here, the artist is depicted half-length, seated in an armchair, engaged in drawing with white chalk upon a sheet of blue paper, a portfolio resting upon his knees. As in the self-portrait he exhibited at the same Salon of 1796[5], Augustin is represented as a painter rather than as a miniaturist—a distinction of no small consequence, for the latter discipline had been explicitly devalued by the Institut, which, in 1795, refused miniaturists admission to the Académie des Beaux-Arts. Deeply affected by this rebuff, Augustin devoted his entire career to elevating miniature painting to the rank of oil painting, a medium he mastered with consummate skill, and in which he sought recognition as a painter in the fullest sense. His self-portrait of 1796, in this regard, met with widespread acclaim[6].
As in the large miniature of 1795, he is here attired in an elegant fawn-coloured coat, over which is draped a blue mantle. Augustin appears to have been particularly attached to this garment, which Bernd Pape has interpreted as a possible allusion to a small circle of artists close to David—the so-called Primitifs or Barbus—active between circa 1790 and 1795 under the leadership of Maurice Quai. The latter exhorted his followers to renew their art by returning to the sources of archaic Greek art (antecedent to Phidias), and enjoined them to adopt antique modes of dress, including the wearing of a voluminous blue cloak:
“I have resolved to abandon these paltry garments worn by all men of our century […] I have let my hair and beard grow; a large white tunic is now being completed, which I shall wear beneath a broad blue cloak, and henceforth I shall wear nothing upon my feet but cothurni. [7]”.
Although Augustin does indeed wear his hair long, arranged in the so-called oreilles de chien fashion framing the face, he does not appear to have embraced the more extravagant vestimentary prescriptions of Maurice Quai. Rather, he is clad in the fashion of the Revolutionary years, readily identifiable in the striped silk waistcoat and the scarf with coloured borders replacing the lace cravat of the Ancien Régime—elements likewise visible in several portraits he painted between 1795 and 1797[8].
The background, almost monochrome, reveals in a subtle gradation of greys a fluted pilaster adorning the rear wall, while a green drapery closes the composition to the left. The white handkerchief edged in red, placed upon the arm of the chair, echoes that tied about the artist’s neck. A lateral, oblique light entering from the left models the flesh tones of the face and hands in a refined chiaroscuro, catching the sheen of the silk waistcoat and the lacquered surface of the chair, while leaving the face itself partially in shadow, turned three-quarters towards the subject upon which he is intent.
Nicolas Le Jeune (1750–1804)
Few biographical details concerning Nicolas Le Jeune have come down to us. He was a pupil of the Académie Royale, and subsequently trained in the Paris studio of Louis Jean François Lagrenée. He travelled to Rome in the early 1770s, as attested by a number of etchings dated there in 1771, and by the second prize he was awarded that same year at the Concorso Clementinoof the Accademia di San Luca for his drawing The Feast of Absalom[9], a version of which is now held in the Horvitz Collection[10].
In the 1790s, he became a member of the Berlin Academy and painter to the King of Prussia, and took part in his first Salon in Paris in 1793 under the title of painter to the Berlin Academy. He likely lived and worked in Prussia at the turn of the 1780s and 1790s. He continued to exhibit at the Salons until 1804, presenting history subjects, landscapes, and painted portraits.
During the Revolutionary period, he produced numerous drawings for the engraver François-Anne David, a pupil of Lebas, who recorded through print the events of the early Revolution relating to the Estates-General and the constitutional monarchy, including The Oath of Louis XVI before the National Assembly on 4 June 1790, which appeared in the sale of drawings from the Léon Roux collection, 20–22 April 1903.
Nicolas Le Jeune appears to have been a close friend of Augustin. Bernd Pape notes that he was the author of the painted ceiling of Augustin’s study at his residence at 25 rue Croix-des-Petits-Champs; a watercolour depiction of this interior, dated circa 1820, is preserved in the collections of the Musée de l’Horlogerie in Geneva[11].
Jean-Baptiste Jacques Augustin (1759–1832)
Jean-Baptiste Jacques Augustin ranks among the most accomplished French miniaturists of the late eighteenth and early nineteenth centuries. Born in Saint-Dié, he likely received his initial training in Lorraine—traditionally said to have been under Jean-Baptiste Claudot in Nancy—before further experience in Dijon, although he later claimed largely autodidactic formation.
He settled in Paris in 1781, at the age of twenty-two, where he entered the milieu of miniature painters, probably through the intermediary of Guibal, and worked in proximity to Gatien Philipon. He first exhibited at the Salon in 1791, at a moment when the status of miniature painting remained ambiguous within academic hierarchies.
Augustin’s career unfolded decisively during the years of the Directory. By the mid-1790s, he had achieved full technical mastery, distinguishing himself through the precision of his draughtsmanship, the subtle modelling of flesh tones, and an exceptional control of light effects on a minute scale. His self-portrait exhibited at the Salon of 1796 marked a turning point, asserting both his artistic ambition and his claim to recognition beyond the confines of miniature painting.
Alongside contemporaries such as Jean-Baptiste Isabey and Jean-Baptiste Guérin, he contributed to elevating the status of miniature portraiture, bringing it into closer dialogue with large-scale painting in both aesthetic ambition and social function. His clientele expanded rapidly under the Consulate and the Empire, and he became one of the most sought-after portraitists of his time.
Appointed official painter to the imperial court, Augustin maintained his position under the Bourbon Restoration, being named peintre ordinaire du roi in 1814. His career thus spans successive regimes without rupture, reflecting both his adaptability and the sustained demand for his work.
His oeuvre, characterised by refinement, clarity, and a heightened sense of finish, represents one of the culminating points of French miniature painting before its gradual decline in the face of new reproductive techniques in the nineteenth century.
Footnotes :
_________________
[1]Bernd Pape, Jean-Baptiste Jacques Augustin 1759-1832, Scripta Edizioni, 2015, page 33
[2] Musée Antoine-Lecuyer, Saint Quentin
[3]Bernd Pape, p. 33 et catalogue du Salon de 1791 n°723
[4]Musée du Louvre, Paris
[5] Self-portrait, circa 1795, exhibited at the Salon of 1796, no. 7; present whereabouts unknown. A pupil’s copy is preserved at the Musée Pierre-Noël, Saint-Dié-des-Vosges. Watercolour and gouache on ivory and paper, 24.1 × 13 cm (9.5 × 5.1 in.)
[6]Bernd Pape, p. 96 et notes 346 et 347
[7]Etienne Jean Delécluze, Louis David, son école et son temps. Souvenirs, Parsi, Didier, Libraire Éditeur, 1855, p.90
[8]Bernd Pape, planches 42, 53, 64 et cat. 307 et 311
[9]Academia nazionale di Santa Luca, Roma
[10] Cat. galerie Aaron, Paris-Londres-New-York 1992 et cat. exp. Mastery & Elegance. Two centuries of French drawings from the collection of Jeffrey E. Horvitz, Cambridge (Mass.), Fogg Art Museum et autres lieux, 1998-2000, n°95
[11]MAH Musée d'art et d'histoire, Ville de Genève, inv ; n° AD 0840




